L’affaire du Collier de La Reine

La semaine dernière, je vous ai montré sur ma page Facebook une somptueuse paire de pendants d’oreille mettant en valeur deux des plus gros diamants du monde, taillés en forme de poire. Ils sont mis en vente chez Christie’s par la maison Boehmer et Bassenge.

Par un curieux hasard, il se trouve que c’est la même maison de joaillerie qui créa le célèbre collier qui fait l’objet de l’Affaire du collier de la reine.

Vous avez tous entendu parler de cette histoire, mais savez-vous vraiment ce qu’il s’est passé? Venez, je vous emmène au XVIII ème siècle!

P.S. Une petite surprise vous attend en bas de l’article 🙂 Bonne lecture!

Le collier

Boehmer est d’origine suisse, tandis que Bassange est français. Ce dernier est le gendre du premier. Ils travaillent tous deux à Paris, sont fournisseurs attitrés de la cour et reçoivent du roi Louis XV une commande fastueuse en 1772: un collier de diamants pesant 2840 carats. Le roi aimerait l’offrir à sa favorite, Madame du Barry, qui a succédé à Madame de Pompadour.

Reconstitution du collier de la reine, ©château de Versailles.

Reconstitution du collier de la reine, ©Château de Versailles.

Pour constituer un tel collier, les deux joailliers passent plusieurs années à rassembler les pierres. Mais pas de chance pour nos deux entrepreneurs, Louis XV, âgé de 64 ans, est atteint de variole et meurt quelques jours plus tard (en 1774). La commande est donc annulée.

Boehmer et Bassenge tentent de vendre leur collier dans plusieurs cours d’Europe mais rentrent bredouille à Paris.

En 1778, ils proposent le collier au roi Louis XVI pour Marie-Antoinette mais celle-ci refuse: elle possède déjà des diamants qui viennent de sa famille et n’en veut pas d’autre. Il est probable aussi que sa fierté toute germanique lui fasse dédaigner un bijou conçu à l’origine pour une femme qu’elle détestait.

Et c’est ce refus qui sera à l’origine de toute l’affaire.

Les protagonistes

Avant de me lancer dans ce récit, je vais vous en présenter les principaux personnages.

Le cardinal de Rohan

Un portrait du cardinal de Rohan.

Un portrait du cardinal de Rohan.

Grand homme d’Etat, intelligent et lettré mais aux moeurs dissolues, il choque terriblement l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse, mère de Marie-Antoinette, par son comportement de débauché (alors qu’il est homme d’Eglise). Elle le hait aussi pour une autre raison: il a avertit le roi Louis XV, dans une lettre pleine d’ironie, que l’impératrice préparait le démantèlement de la Pologne. La lettre fut lue publiquement par Madame du Barry et l’impératrice fut ridiculisée. Par fidélité à sa mère, et sur ses conseils, Marie-Antoinette perpétue cette haine pour le cardinal, ce dont il est désolé. Il cherche à se réconcilier avec elle mais sans succès.

Jeanne de Valois Saint-Rémy, comtesse de La Motte

Jeanne de Valois-Saint Rémy, devenue comtesse de La Motte par son mariage avec Nicolas de La Motte.

Jeanne de Valois-Saint Rémy, devenue comtesse de La Motte par son mariage avec Nicolas de La Motte.

Son histoire est des plus étranges. Elle descend en ligne directe du roi Henri II et de sa maîtresse Nicole de Savigny. Les Saint-Rémy sont tombés dans la misère et la déchéance. Le père de Jeanne est soldat mais vit de rapines et de braconne, et on dit que sa mère se prostitue. Jeanne elle-même est envoyée mendier dans les rues. Une dame fit vérifier ses origines et aida la famille à se tirer quelque peu d’affaire en leur faisant obtenir une pension et en pourvoyant à l’éducation des enfants.

Nicolas de La Motte

Nicolas de La Motte

Nicolas de La Motte

Il est le mari et le complice de Jeanne, malgré l’échec de leur mariage. C’est par lui qu’elle fait la connaissance de Marc Rétaux de Villette.

Marc Rétaux de Villette

Marc Rétaux de Villette

Marc Rétaux de Villette

Faussaire et aventurier, il devient l’amant de Jeanne et prend part à l’intrigue. D’une foncière malhonnêteté, il fournit des prostituées à un lupanar et fait du chantage sur ses clients. Il acquiert son talent de faussaire à cette époque, en contrefaisant des lettres de change. Il est l’ami de Nicolas de la Motte, le mari de Jeanne, et celle-ci le prend comme amant.

Nicole Leguay

Une prostituée qui a bâtit sa réputation sur sa ressemblance avec marie-Antoinette.

Voilà, vous connaissez tous les personnages.

Jeanne, qui se fait appeler comtesse de la Motte-Valois, parvient à se mêler à la cour et entend parler de l’hostilité que voue la reine Marie-Antoinette au cardinal de Rohan. Elle comprend qu’elle peut utiliser ce fait à son avantage et bientôt, elle convainc le cardinal qu’elle est devenue une amie intime de la reine. Elle persuade son amant Rétaux de Villette de créer une fausse correspondance entre elle-même et Marie-Antoinette. Rétaux de Villette signe toutes les lettres « Marie-Antoinette de France », grave erreur, car Marie-Antoinette, qui n’était pas de France, n’aurait jamais signé que « de Lorraine » ou « d’Autriche », et de toute façon, en tant que reine, ne signait que de son prénom… Jeanne fait espérer au cardinal un retour en grâce et en profite pour lui soutirer de l’argent. Elle repousse sans cesse les rendez-vous en vue d’une réconciliation.

Vers 1784, elle entend parler du fameux collier de diamants que la reine a refusé. Et elle décide de posséder elle-même ce bijou. Elle persuade donc le cardinal que le retour en grâce tant espéré est enfin arrivé et lui confirme un rendez-vous dans les jardins de Versailles à 11h du soir.

Il est vrai que, d’après Madame Campan, la reine avait l’habitude d’aller se promener quelques fois le soir dans les jardins … Je me demande tout de même ce qu’a pu penser le cardinal d’un tel secret pour un rendez-vous de réconciliation… Mais probablement trop heureux pour se soucier de la vraisemblance, il se précipite.

Le Bosquet de la Reine, nommé Bosquet de Vénus du temps de Marie-Antoinette. C'est là que Jeanne de La Motte-valois organisa le rendez-vous entre Rohan et la fausse reine. Il n'y avait pas de statue de vénus. Les arbres qu'on y trouve sont des essences introduites en France à son époque et constituent l'intérêt du bosquet.

Le Bosquet de la Reine, nommé Bosquet de Vénus du temps de Marie-Antoinette. C’est là que Jeanne de La Motte-Valois organisa le rendez-vous entre Rohan et la fausse reine. Il n’y avait pas de statue de vénus. Les arbres qu’on y trouve sont des essences introduites en France à son époque et constituent l’intérêt du bosquet.

Préalablement, Jeanne a convaincu Nicole Leguay de l’aider à jouer un tour « à un ami », moyennant la somme de 15 000 livres, et la fait venir au rendez-vous. Elle soigne les détails: Nicole porte une robe copiée sur celle d’un tableau de la reine par Elisabeth Vigée-Lebrun, et un voile de gaze noire (Selon Madame Campan, la Leguay était plutôt en déshabillé du soir, ce qui rendrait la scène encore plus étonnante et qui explique encore moins comment le cardinal a pu s’y laisser prendre). Rétaux de Villette est déguisé en laquais de la reine. Nicole s’approche du cardinal et lui dit en lui donnant une rose: « Vous savez ce que cela signifie. Vous pouvez compter que le passé sera oublié ». Jeanne s’avise d’un expédient pour abréger l’entretien et le lendemain le cardinal reçoit une lettre « de la reine », disant qu’elle regrette que leur rencontre ait été écourtée. Le cardinal ne se tient plus de joie et devient encore plus parfaitement la dupe de la comtesse de la Motte.

Jeanne va à présent rencontrer les deux joailliers et prétend qu’elle va convaincre la reine d’acheter le bijou. Elle fait envoyer au cardinal une nouvelle lettre « de la reine », lui expliquant qu’elle regrette finalement d’avoir refusé le collier, mais qu’elle ne peut pas l’acquérir ouvertement et lui confie cette tâche.

Cette fois-ci le cardinal s’est un peu méfié, et il a fallut l’intervention de Cagliostro pour le convaincre. Joseph Balsamo, qui par la suite s’est fait appelé comte de Cagliostro, est un aventurier qui a énormément voyagé, notamment en Orient. Il fait sa profession de l’ésotérisme et d’une sorcellerie de pacotille et il dupe tous ceux qu’il peut. Vers 1780, il se rend en France et devient le protégé du cardinal. Il devient ami et complice des La Motte et déclare au cardinal de Rohan, par la voix d’un faux oracle, que s’il accepte de s’occuper de cette transaction, il en résultera de grandes gloires pour lui. Les flatteries n’engagent que ceux qui les écoutent, c’est connu… Le cardinal n’hésite plus et conclu l’affaire; le collier doit être payé en plusieurs fois. Puis il apporte le collier à un soi-disant valet de chambre de la reine: c’est Rétaux de Villette qui s’est de nouveau déguisé.

Joseph Balsamo, comte de Cagliostro et faux sorcier, vrai brigand...

Joseph Balsamo, comte de Cagliostro et faux sorcier, vrai brigand…

Les trois complices démontent le collier – en l’abîmant – et tentent de vendre les pierres.

Et c’est à partir de là que la supercherie sera découverte.

On l’a dit, Boehmer et Bassenge ont passé plusieurs années à rassembler les diamants, et ils sont d’une qualité exceptionnelle. Mais pressés par le temps, les trois malfaiteurs négocient leurs pierres à si bas prix que leurs acheteurs commencent à se méfier et à soupçonner que tous ces somptueux diamants n’ont peut-être pas une origine très honnête. Mais l’affaire a été si bien menée qu’aucun vol n’est signalé et les trois complices s’en sortent cette fois-ci.

Pendant ce temps, le cardinal et les joailliers sont bien étonnés de ne pas voir la reine porter le collier. Jeanne leur fait croire qu’elle ne le porte pas par manque de grande occasion. Elle leur demande de dire que le collier a été vendu au sultan de Constantinople, si on leur en parle. Et à propos de l’échéance qui approche, elle prétend que la reine a du mal à trouver les 400 000 livres du premier paiement qu’elle doit aux joailliers.

C’est Boehmer qui fera découvrir toute l’affaire: on comprend bien que, dépossédé du collier pour lequel il s’est gravement endetté mais attendant toujours d’en recevoir le prix, il se soit inquiété… Il rencontre donc Madame Campan, la fidèle amie et femme de chambre de la reine et lui parle du collier. La dame tombe des nues, elle était présente lorsque la reine a refusé le collier sept ans plus tôt (et par ailleurs, elle est dans les affaires les plus intimes de la reine et sait donc très bien que la reine ne possède pas ce collier). Elle va rendre compte de l’affaire à Marie-Antoinette, qui bien sûr n’y comprend rien non plus. Elle charge le baron de Breteuil d’enquêter.

La première échéance de paiement devait tomber le 1er août. Le 14 août, toute l’affaire est portée au grand jour et le scandale éclate. Entre-temps, la Valois a tenté d’effrayer le cardinal pour le forcer à payer lui-même le collier et étouffer le scandale, mais il est déjà trop tard… Nous sommes en 1785.

L’histoire ne s’arrête pas là. Le cardinal de Rohan, sommé de s’expliquer devant le roi sur le dossier constitué contre lui, comprend enfin à quel point il a été trompé par la comtesse de la Motte. Il est tellement stupéfait qu’il ne parvient pas à répondre et le roi lui prête son bureau pour qu’il écrive ce qu’il a à dire. Mari-Antoinette, furieuse, commet une erreur funeste en demandant son embastillement: le nom des Rohan est tenu en grande estime, c’est une famille dont beaucoup de membres se sont illustrés dans l’histoire de France et la reine doit essuyer la froideur de la cour et la gêne de ses amies à la suite de cette arrestation.

Les autres escrocs sont arrêtés à leur tour et le procès commence en mai 1786.

Louis XVI a laissé au cardinal le choix d’être jugé à huis clos ou devant le parlement. Mal lui en prit: le cardinal choisit de se défendre publiquement, choix probablement calculé car le parlement est en fronde permanente contre la royauté.

Le cardinal de Rohan est, forcément, reconnu innocent du vol du collier. Par contre, il reste le crime de lèse-majesté: comment a-t-il pu croire que la reine consentait à des rendez-vous secrets dans le parc, ou à lui confier une transaction telle que celle du collier alors qu’elle ne lui adressait pas la parole depuis dix ans?! Il sera acquitté par le parlement.

Mais c’est surtout Marie-Antoinette, qui est pourtant totalement étrangère à toute cette affaire, qui va en subir les conséquences. En fait, elle prend l’acquittement du cardinal comme un camouflet du Parlement envers elle, et en demande l’exil à Louis XVI. Son image, déjà considérablement dégradée auprès du public par de fausses rumeurs (les ragots de la cour sont dévastateurs), va devenir totalement négative suite à l’arrestation du cardinal. Dans l’opinion publique, elle est considérée comme coupable et des pamphlets sont édités contre elle, l’accusant d’avoir une liaison avec le cardinal (qu’elle détestait) et que ce dernier lui offrait des diamants en remerciement de ses amours… Par ailleurs, le scandale est tel que c’est la cour toute entière qui sera discréditée.

Le cardinal survécut à la révolution mais s’étant porté caution du paiement, c’est lui et ses descendants qui payèrent les joailliers et leurs descendants, pendant près d’un siècle (le dernier versement fut déposé en 1881).

La comtesse de la Motte, dont la culpabilité sera facilement prouvée, sera marquée au fer rouge (littéralement: elle recevra deux « V » pour « voleuse »), et emprisonnée à perpétuité à la Salpêtrière. Elle s’enfuit et s’installe à Londres. Son mari est condamné aux galères par contumace (c’est à dire que le coupable est absent du procès et donc considéré en fuite) et se cache à Londres également, où il bénéficie d’un droit d’asile. Son amant, Rétaux de Villette, est condamné au bannissement, mais il a pris les devant et s’est installé en Suisse.

Et voilà comment l’avarice et l’esprit d’intrigue d’une femme, Jeanne de Valois Saint-Rémy, sortie de nulle part, furent l’un des catalyseurs de la révolution…

 

Et vous, que connaissiez-vous de cette histoire? Que vous inspire-t-elle? A vos claviers, postez vos commentaires ci-dessous!

NB: je n’ai aucune prétention d’historienne, je vous livre le fruit de mes recherches…
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